Internaute-producteur : la bonne idée… mon cul!!!
Mardi 27 janvier 2009Aujourd’hui, la “Ménagère de moins de 50 ans”, c’est… l’internaute.
Il est devenu en “deux deux” le maître-étalon, la valeur absolue, l’omniscient, l’omnipotent, l’omniprésent… Il, c’est l’internaute, celui-qui, par sa position arqueboutée détient aujourd’hui les clés du savoir, du pouvoir, de la fin de oui-recevoir…
Académicien, il rédige la nouvelle encyclopédie, le Wikipédia en n+1 volumes; -“oui, qui ?…” : se demande t’on sous la Coupole…
Journaliste, il nourrit de ses commentaires “participatifs” une actualité décryptée sur le vif, et parfois même avant…
Cinéaste et documentariste, il pourvoit même les grands médias de reportages qui nourrissent les nouvelles rubriques des chaines de la TNT.
Bref, tout en admettant certains aspects non négligeables de ces nouvelles pratiques, force est de constater que le nouveau credo mondial est devenu : Internaute, tu sais tout faire… et même mieux : tu as tous les pouvoirs !
“Jacques, reviens ! ils sont devenus fous !…”
Ce préambule torturé m’amène justement à parler d’un secteur où cette perversion suprême des “autorités” cherche à s’appliquer : la production musicale. Un peu d’histoire pour commencer : avec la radio et le microsillon (le disque, si vous préférez) est apparue une nouvelle profession : le directeur artistique, dont la vocation première était de dénicher les talents qui signeraient un contrat avec une maison de disque. Le plus célèbre d’entre eux s’appelait Jacques Canetti, et ses “ découvertes” ont pour nom: Brassens, Brel, Higelin, pour n’en citer que quelques-uns.
Au début des années 80, avec l’avènement des radio-libres, la demande explose, et les directeurs artistiques endossent une nouvelle casquette : programmateur de station de radio; les stations comme NRJ, Fun-radio et autres haut-parleurs à pub, font la pluie et le beau temps sur la musique. En deux coups de cuiller à pot, un directeur artistique de 20 piges, santiags sur le bureau bouffe et recrache un chanteur en herbe, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, avec pour seule valeur-refuge la “play-list” de la radio partenaire de son label.
Les années 2000 signent la fin de cette ère, la mort de ces “petits-cons-prétentieux et incultes”; on entre dans l’âge d’or de la télé-réalité, les grands patrons reprennent les rènes : “Article 1 :le boss sait tout. Article 2: si le boss ne sait pas, appliquer l’article 1”. Les DA ne servent plus à grand chose, le marché du disque est en crise… Universal va trouver la solution !… Sauf que, quelques années plus tard, Universal ne voit pas plus de solution que de poil sur un oeuf, on incrimine le téléchargeur illégal, on le rend responsible du marasme, en gros, on se moque du Monde…
C’est la qu’interviennent les petits malins qui mettent en place le système de la Tontine, démarche commerciale qui permet à un groupe de gens de financer le lancement et les premiers mois d’une nouvelle entreprise. Si dans le cas d’une crêperie en zone rurale, on ne peut qu’applaudir des deux mains les courageux tontinophiles, dans le domaine de la création musicale, les données sont un peu différentes.
Ou bien alors, on admet de but en blanc, que produire des crêpes ou un artiste, c’est juste une affaire de RSI (Retour sur investissement), et là, tout est clair… Je mise sur toi, chanteur ou chanteuse, parce que tu vas me rapporter du pognon…
Exit donc le dénicheur de talent, place aux dénicheurs de talbins, aux boursicoteurs des hit parades.
Qu’on ne parle pas alors de l’internaute-producteur, nouveau juge de ce qui mérite ou pas de passer à la radio, produire des Cd, et faire des concerts. Tout cela n’est qu’un poker en ligne d’un genre particulier.
Il faut reconnaitre que la tentation est grande, et la critique facile… et l’internaute, que j’ai si lestement fustigé, ne fait rien d’autre que de se servir de l’outil qui est devant lui… et également devant moi.
Je me demande juste si, finalement, une part des décisions ne devrait pas être laissée à des “professionnels”, des “spécialistes”, des “experts”…
Mais nous en reparlerons…
